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Grisélidis
Réal
| Grisélidis Réal est née à Lausanne en 1929 et a passé son enfance en Égypte et
en Grèce. Après la mort de son père alors qu’elle a huit ans, Grisélidis revient
à Lausanne. Entreprenant des études à l’École des arts décoratifs de Zurich,
elle tente de vivre comme artiste-peintre. Divorcée, mère de quatre enfants,
elle commence à se prostituer en Allemagne pour survivre, au début des années 60
avant de devenir, la décennie suivante, une «catin révolutionnaire» très active
dans les mouvements des prostituées lyonnaises et parisiennes qui émergèrent au
début des années 70. Co-fondatrice d’un Centre international de documentation
sur la prostitution et d’une association genevoise d’aide aux prostituées
(ASPASIE), elle participe, encore aujourd’hui, à de nombreux colloques ou
manifestations sur le sujet. Ce premier et unique roman autobiographique de
Grisélidis Réal a été initialement publié chez Balland en 1974 (puis en Suisse
par les Éditions d’en bas en 1989). Cette nouvelle édition donne l’occasion de
remettre en lumière le récit âpre et saisissant d’une femme d’exception.
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Carnet
de bal d’une courtisane

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En décembre 1979, la très précieuse revue
Le Fou parle créée par Jacques Vallet, avait publié l’extrait d’un
entretien du journaliste et écrivain Jean-Luc Hennig avec Grisélidis Réal, en
guise de présentation d’un sulfureux «carnet noir». Ce carnet était, en fait,
une sorte de petit répertoire téléphonique, où Grisélidis consignait par ordre
alphabétique les prénoms de ses clients, agrémentés de leurs us, coutumes,
petites manies et du prix de la passe. C’était pour celle qui ne faisait pas le
trottoir, mais «recevait» dans son modeste domicile genevois, une sorte de
pense-bête professionnel, d’aide-mémoire minutieusement détaillé. Nous en
donnons ici la version intégrale couvrant la période 1977-1995, accompagnée de
quelques fac-similés du carnet. Pour le lecteur actuel, cette énumération
lancinante a quelque chose de la poésie clinique des inventaires à la Perec ou
des installations de Boltanski. C’est un condensé d’humanité masculine qui n’a
rien perdu de sa force d’évocation comme Grisélidis Réal l’explique dans un
avant-propos intitulé «Trente ans de métier». Mais que sont devenus les fantômes
de ces clients dans sa mémoire de prostituée «à la retraite»? Délaissant tout
discours compassionnel ou esprit de repentir, Grisélidis Réal y défend sa
conception d’une prostitution non-aliénée, libérée de tous les tabous et donnant
à voir de façon iconoclaste notre misère sexuelle commune, tant celle des
notables que des travailleurs immigrés. À la suite de ce document
d’exception, nous publions sept textes de Grisélidis Réal: chroniques de
courtisane, articles de revues sur la libération sexuelle, hommages à des
ami(e)s du métier et un ultime poème. Ce florilège d’écrits militants datant de
la période 1976-2004 permet de mieux saisir le rôle qu’elle a joué dans les
mouvements de prostituées. Carnet de bal d’une courtisane paraît
simultanément avec le roman autobiographique de Grisélidis, Le noir est une
couleur. |
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Le noir est une couleur naît avec les années 60.
Une jeune mère s’enfuit
en Allemagne avec ses enfants et Bill, son amant noir américain, arraché à un
asile psychiatrique genevois. Au terme de leur cavale, l’étrange famille va
échouer à Munich, ville a priori hostile à leur mauvais genre. Petit à
petit, pour survivre et échapper à l’inertie psychique de son compagnon, la
narratrice va, sans souteneur ni tabou, se livrer à la prostitution. Loin du
témoignage misérabiliste d’une déchéance, le récit s’éclaire d’une passion
parallèle, celle de Grisélidis pour Rodwell, un soldat noir américain rencontré
dans un bordel. Cet amour fait basculer le livre qui irradie alors un parfum de
marijuana et de réalisme halluciné. On y découvrira l’envers du miracle de la
reconstruction de l’Allemagne, celle des boîtes de jazz pour GI’s, des petits
trafiquants de came et des campements de rescapés tziganes. La force
documentaire, l’énergie stylistique et l’anticonformisme de ce destin féminin
forment un cocktail détonnant.
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