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« Quand elle parle, il
brise tous les tabous de l’islam ». Ali Saleem, alias madame Nawazish Ali,
transsexuel pakistanais de 27 ans qui présente un show décapant tous les
samedis soirs sur la chaîne privée Aaj TV, a les honneurs du «New York Times»
dans son édition du jeudi 3 janvier.
Dans la
peau d’une veuve quadragénaire drapée dans des saris aux couleurs clinquantes,
il reçoit depuis un an et demi stars de cinéma et politiciens dans son salon et
assure un « talk show » au ton franchement osé dans un pays aussi
traditionnaliste que le Pakistan. Au programme des discussions : questions
politiques, débats sur la démocratie - alors que le président Pervez Musharraf
est arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’état militaire en 1999 - mais
aussi sexe et conseils de drague. Le modèle politique du présentateur ? Benazir
Bhutto, seule femme à avoir occupé le poste de Premier ministre du pays de 1988
à 1990.
La
transsexualité du présentateur permet paradoxalement à l’émission d’exister car
une véritable femme ne pourrait aborder librement les sujets qu’Ali Saleem se
permet de traiter, précise le journal.
Le style
direct et sans tabou d’Ali - pas au goût de tous puisqu’une pétition exige la déprogrammation de
l’émission – a réussi à séduire les téléspectateurs urbains plus ouverts et
moins religieux qu’à la campagne. Cependant, précise le « Times », le succès
précis est difficile à connaître car les chiffres d’audience n’existent pas au
Pakistan.
Mais le
concept devrait s’exporter malgré tout puisque Ali Saleem doit se rendre en
janvier chez l’ennemi indien et signer un contrat avec la chaîne indienne NDTV,
selon le site indien « Daily New and Analysis ». Il interviewerait alors les
principaux dirigeants de l’Inde sur le même mode personnel.
C’est
qu’Ali Saleem croit aux bénéfices pédagogiques de son émission et souhaite rien
de moins qu’« inspirer et pousser chacun à faire le bien dans la société »,
selon le site « Blogcritics Magazine ». Le transsexuel pense également pouvoir
faire reculer le machisme ambiant et révéler les aspects féminins de chaque
homme à lui-même.
Si
l’émission existe grâce à la libéralisation politique des médias tolérée par
l’actuel régime, Ali Saleem reconnaît qu’il y a certaines limites qu’il ne peut
se permettre de dépasser. S’il souhaite ainsi inviter le président Musharraf
dans son émission, il sait que cela lui est pour l’heure impossible. Mais il ne
perd pas espoir : « Si le président est allé dans le show de Jon Stewart [The
Daily Show sur la chaîne américaine Comedy Central], pourquoi ne viendrait-il
pas dans le mien ? ».
Alexandre
Sulzer
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