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  Barbette Travesti acrobate
1919

 


  Texte de Pierre Bost pour la chronique
« Spectacles et promenades »
de la Revue hebdomadaire du (10 décembre 1927).
Il y évoque les principaux sujets dont il entretiendra régulièrement ses lecteurs :
le cirque, le music-hall, les cafés-concerts, le cinéma.

C’est à l’Empire, en effet, que nous avons revu Barbette.
Parmi les grands noms du music-hall, je suis heureux et inquiet  tout ensemble que celui-ci s’offre le premier, car il est bien évident que je ne saurai pas parler de Barbette ; et ce n’est pas vraiment ma faute, car l’essence même du numéro de Barbette c’est qu’il n’en faudrait pas parler ; ou alors, si l’on en parle, le supposer connu du lecteur.
En parlerai-je, donc ?

            Assez vilainement chargé de mise en scène au lever du rideau, le numéro est tout de même un parfait spectacle, un triomphe de la grâce, de la grâce si souvent, ailleurs, irritante et vaine, mais belle au cirque et au music-hall parce qu’elle y cache toujours la puissance. On a beaucoup parlé de la grâce de Barbette, de ses lignes et de ses mouvements; les jambes, il est vrai, et les cuisses sont admirables, d’une finesse solide qu’on rencontre bien rarement au cirque. La marche du numéro : exercices sur fil de fer, petit intermède du costume changé et mouvements au trapèze volant, tout est réglé avec une précise volonté, un mouvement sûr, une assurance où l’effort ne se lit pas. Il n’est pas commun de voir un seul personnage — non comique — tenir ainsi la scène sans que le plaisir ne ralentisse jamais. C’est qu’il y a de la joie dans les mouvements de Barbette ; on le voit bien dans ces larges balancements sur le trapèze aux cordes sans fin, gracieux et très simples, qui durent sans monotonie, aussi longtemps que le veut Barbette, et plaisent uniquement par l’aisance et par le sourire.

           Tout cela est vrai, et on l’a dit. Ce qu’on remarque, je crois, moins volontiers, et justement parce que l’élégance passe ici au premier rang, c’est l’excellence du numéro au seul point de vue de l’acrobatie, notamment dans sa seconde partie. Je ne connais pas le nom des passes qu’exécute Barbette, mais quand le mince corps rose balancé au trapèze se rétablit soudain au sommet de la course, saute par-dessus la barre, mains en avant, plonge vers la salle, reste accroché par un pied à la barre et redescend ainsi au bout de son long pendule, on applaudirait aussi bien si ce n’était pas Barbette, avec son génie du mouvement léger. Le charme du numéro entier, c’est qu’on y sent toujours une parure sur chaque geste, comme si Barbette, dédaignant notre admiration, ne voulait que notre amitié.

            Enfin, le trapèze arrêté, c’est le dernier geste qui couronne, termine, explique et consacre.  Un grand nombre de spectateurs l’attendent, mais comme j’ai pu constater que beaucoup s’en montrent surpris, je n’en dis rien, pour laisser encore à quelques-uns, s’il se peut, le plaisir de voir Barbette pour la première fois.
 

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