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Texte de Pierre Bost pour la chronique
« Spectacles et promenades » de la Revue hebdomadaire du
(10 décembre
1927). Il y évoque les principaux sujets dont il entretiendra régulièrement ses
lecteurs : le cirque, le music-hall, les cafés-concerts, le cinéma.

C’est à l’Empire, en effet, que nous avons revu Barbette.
Parmi les grands noms du music-hall, je suis heureux et inquiet tout
ensemble que celui-ci s’offre le premier, car il est bien évident que je ne
saurai pas parler de Barbette ; et ce n’est pas vraiment ma faute, car
l’essence même du numéro de Barbette c’est qu’il n’en faudrait pas parler ; ou
alors, si l’on en parle, le supposer connu du lecteur. En parlerai-je, donc ?
Assez vilainement chargé de mise en scène au lever du rideau, le numéro est
tout de même un parfait spectacle, un triomphe de la grâce, de la grâce si
souvent, ailleurs, irritante et vaine, mais belle au cirque et au music-hall
parce qu’elle y cache toujours la puissance. On a beaucoup parlé de la grâce de
Barbette, de ses lignes et de ses mouvements; les jambes, il est vrai, et les
cuisses sont admirables, d’une finesse solide qu’on rencontre bien rarement au
cirque. La marche du numéro : exercices sur fil de fer, petit intermède du
costume changé et mouvements au trapèze volant, tout est réglé avec une précise
volonté, un mouvement sûr, une assurance où l’effort ne se lit pas. Il n’est
pas commun de voir un seul personnage — non comique — tenir ainsi la scène sans
que le plaisir ne ralentisse jamais. C’est qu’il y a de la joie dans les
mouvements de Barbette ; on le voit bien dans ces larges balancements sur le
trapèze aux cordes sans fin, gracieux et très simples, qui durent sans
monotonie, aussi longtemps que le veut Barbette, et plaisent uniquement par
l’aisance et par le sourire.
Tout
cela est vrai, et on l’a dit. Ce qu’on remarque, je crois, moins volontiers, et
justement parce que l’élégance passe ici au premier rang, c’est l’excellence du
numéro au seul point de vue de l’acrobatie, notamment dans sa seconde partie.
Je ne connais pas le nom des passes qu’exécute Barbette, mais quand le mince
corps rose balancé au trapèze se rétablit soudain au sommet de la course, saute
par-dessus la barre, mains en avant, plonge vers la salle, reste accroché par
un pied à la barre et redescend ainsi au bout de son long pendule, on
applaudirait aussi bien si ce n’était pas Barbette, avec son génie du mouvement
léger. Le charme du numéro entier, c’est qu’on y sent toujours une parure sur
chaque geste, comme si Barbette, dédaignant notre admiration, ne voulait que
notre amitié.
Enfin, le trapèze arrêté, c’est le dernier geste qui couronne, termine,
explique et consacre. Un grand nombre de spectateurs l’attendent, mais
comme j’ai pu constater que beaucoup s’en montrent surpris, je n’en dis rien,
pour laisser encore à quelques-uns, s’il se peut, le plaisir de voir Barbette
pour la première fois. |