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Directement concernée par le
sujet, car elle-même transsexuelle, Rachel Pollack nous explique que la transsexualité est un acte de
foi, une passion pour une identité plus profonde que celle déterminée par
l'anatomie.
Depuis toujours, et dans
pratiquement toutes les cultures, des hommes et des femmes ont choisi d'adopter
le comportement du sexe opposé, de changer de sexe en allant jusqu'à modifier
leur corps. La transsexualité est une révélation spirituelle qui les pousse à
affronter les conventions sociales et à surmonter les obstacles physiques pour
se réaliser enfin.La transsexualité est la
manifestation contemporaine d'un désir et d'une pratique qui remontent à la
nuit des temps. Depuis toujours, et dans pratiquement toutes les cultures, des
hommes et des femmes ont choisi d'adopter le comportement du sexe opposé, de
changer de sexe en allant jusqu'à modifier leur corps.Dans la mythologie homérique,
Aphrodite est la déesse de l'amour. Mais ses fidèles la désignaient également
par le mot «hermaphrodite», une contraction des noms d'Hermès (un dieu
phallique) et d'Aphrodite. Et l'apparition même de cette déesse suggère un
héritage transsexuel. Hésiode raconte qu'Ouranos (Uranus), le dieu du ciel, devenu
tyrannique, opprimait son épouse Gaïa (la Terre mère) et tuait leurs enfants.
Gaïa créa une faucille et la donna à son fils Chronos (Saturne), qui s'en
servit pour émasculer son père,
jetant les organes mâles à la mer. Aphrodite émergea alors de l'eau, la femme
idéale. Ce qui différencie les transsexuels d'aujour-d'hui des fidèles
d'Aphrodite ou de Cybèle, c'est surtout la technologie médicale. Le premier pas
pour les transsexuels est l'hormonothérapie.
On passe entre les mains d'un
chirurgien seulement après une année d'hormonothérapie, au cours de laquelle le
transsexuel va s'habiller, travailler et vivre en société selon les normes du
sexe qu'il désire prendre, celui auquel il a l'intime conviction d'appartenir.Pour les hommes, la chirurgie
ne se résume pas à la simple ablation de la verge et des testicules. Le
chirurgien retourne la verge, dont le tissu sert à créer ainsi les parois du
nouveau vagin. La peau du scrotum est utilisée pour créer les lèvres de la
vulve, et le nouveau clitoris reçoit les terminaisons nerveuses hautement
sensibles du gland.La chirurgie subie par les femmes voulant changer de sexe
est beaucoup plus compliquée, et surtout moins efficace. Le chirurgien
construit l'organe en utilisant des greffes de peau prélevée ailleurs sur le
corps. Le nouveau pénis se greffe sur lclitoris, souvent grossi sous
l'effet de la testostérone. Mais la création d'un nouveau membre est évidemment
plus compliquée et plus coûteuse que la simple inversion d'un membre qui
existait déjà. Pour cette raison, beaucoup de transsexuels ne vont pas jusqu'au
bout de l'opération.
S'affirmer
D'aucuns prétendent que ces
changements constituent une violation de la nature. Mais réfléchissez: chaque
foetus commence la vie sous une forme androgyne.Mais la culture occidentale
considère que l'identité est un édifice auquel on ne peut rien changer sans
prendre le risque de voir la construction s'effondrer.
En réalité, la transsexualité n'a rien à voir avec l'attirance que l'on peut
ressentir soit pour les femmes, soit pour les hommes. Loin d'être des
homosexuels honteux, beaucoup de transsexuelles deviennent lesbiennes une fois
qu'elles ont changé de sexe. De la même manière, nombre de transsexuels
commencent des relations homosexuelles avec d'autres hommes. L’immense majorité
des transsexuels doit se battre pour réaliser son désir. Personne ne fut jamais
obligé de devenir galla, comme aucun transsexuel n'a jamais été contraint de
passer entre les mains d'un chirurgien. Ce désir est si puissant qu'il ne fléchit
devant rien et qu'il donne aux transsexuels la force morale nécessaire pour
surmonter les différents problèmes médicaux et sociaux qu'ils rencontrent
sur leur chemin.
Ces dernières années, beaucoup
de transsexuels ont décidé d'assumer ouvertement leur choix. Au lieu de fuir
leurs amis, ils comptent désormais sur leur soutien moral. Au lieu de changer
de travail, voire de métier, ils annoncent à leurs collègues leur décision de
changer de sexe sans quitter leur emploi. Cette volonté de s'affirmer vient des
transsexuels eux-mêmes qui ne voient plus aucune raison de se cacher. Car la
transsexualité n'est pas rationnelle. Elle n'a rien à voir avec la logique,
mais elle a tout à voir avec la passion. Ce n'est pas un hasard si les deux
personnages de la mythologie grecque associés avec la transsexualité sont la
déesse de l'amour et le dieu de l'extase. La passion de la foi confère à la
transsexualité une sorte de pureté. Quoi d'autre que la passion pourrait
pousser les gens à abandonner leur place dans la société, à prendre le risque
d'être ridiculisé ou agressé, à mettre leur vie professionnelle en danger,
ainsi que leurs relations amicales et familiales, en transformant leur corps
grâce aux hormones et au bistouri? Ce désir est vieux comme l'humanité
elle-même.
Rachel Pollack (Etats-Unis)
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Rachel Pollack est l'auteur de
17 ouvrages, dont «Unquenchable Fire», primé aux Etats-Unis. Son prochain
livre, «The Body of the Goddess», une étude de la religion préhistorique vue au
travers du corps de la femme, sortira début 1997. En 1992, elle a plaidé la
cause des transsexuels devant le Conseil de l'Europe, à Strasbourg. Née de sexe
masculin, Rachel Pollack vient de fêter les vingt ans de sa vie de femme.
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