Guilda

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Guilda Aristocrate de naissance,
Jean Guida de Mortellaro a grandi dans le Midi de la France où il a littéralement connu la vie de château...
 

Encore enfant, il voit bientôt la grande crise économique des années trente mettre fin à ce monde de rêve. Après avoir essayé divers boulots, il prend contact avec la scène en étant recruté comme danseur pour les Ballets de Monte Carlo, juste au moment où commence à sévir la Seconde guerre mondiale. Il apprend aussi l’art du maquillage tout en participant à certains tournages au cinéma, à titre de cascadeur ou de figurant. Ayant réussi à échapper aux affres de l’occupation allemande à plusieurs reprises, il reprend ses activités artistiques à la Libération. S’étant vu offrir un rôle féminin, il y excelle et ne tarde pas à imposer son propre personnage. Le nom de Guilda lui vient suite à la popularité du film Guilda, mettant en vedette Rita Hayworth, prénom qui se fond tout naturellement à son propre patronyme, à une lettre près. Rappelons que Guilda était aussi le surnom donné à la bombe atomique envoyée sur Hiroshima. Il mystifie aussi la clientèle du Lido en se présentant sous les traits de la célèbre Marlène Dietrich. Remarqué par le propriétaire du club Le Carrousel, il participe à ses premières revues en tant que travesti, revues dont il devient bientôt la tête d’affiche. Suivent des tournées en Afrique du Nord et en Italie. Devenu collaborateur de Mistinguett, le jeune artiste lui sert de doublure pour son spectacle au Casino de Paris et l’accompagne en tournée internationale, tournée qui les amène tout droit à Montréal, leur première escale en Amérique, en février 1951. De retour à Paris, Guilda se produit dans son propre cabaret La Roulotte avant de s’embarquer à nouveau pour le Nouveau Monde mais cette fois en tant que vedette de son propre spectacle. Cette tournée américaine lui permet de se faire voir et entendre à Miami, Las Vegas, San Francisco et dans plusieurs autres villes des U.S.A. avant que l’expiration de son visa ne le repousse à la frontière canadienne. Il met alors le cap sur Montréal où il devient le premier artiste à se produire au cabaret Chez Paree, rue Stanley, à partir de l’été 1955. L’animatrice Michèle Tisseyre qui le voit dans cette revue intitulée Paris chez Paree, l’invite à son émission Rendez-vous avec Michèle, ce sera sa première apparition à la télévision québécoise. Il n’en fallait pas plus pour que le nom de Guilda ne fasse le tour de la province, la télé de Radio Canada étant alors le principal fournisseur des diverses stations régionales, notamment pour le volet spectacle. S’ensuit une nouvelle revue Aux Trois Castors, à l’étage du Café St Jacques, et plusieurs autres. L’année suivante, il amorce une première tournée en province avec la troupe de Jean Grimaldi, alors même qu’on le réclame dans tous les grands cabarets de Québec, Montréal et Toronto. Dans le Québec clérical et un peu puritain des années cinquante, la singularité de son spectacle attire autant de curiosité qu’elle ne suscite de commentaires de la part des âmes prudes. Finalement, l’humour de sa prestation et sa réputation de meneur de jeu déplace les foules et les revues de Guilda deviennent rapidement des classiques de la scène des variétés. La maison Rusticana de Roger Miron est la première à graver le témoignage sonore d’une de ses performances sur disque en 1962, avec l’album Une femme pas comme les autres... Guilda où l’on retrouve ses chansons légères mais jamais grivoises telles que L’objet, La chose, L’homme, Laissez-vous faire, La mariée, Donnez m’en et des numéros de danse comme El Paso cha cha qui laissent deviner l’ambiance générale du spectacle de la troupe, où l’aspect visuel détient quand même une place prépondérante. Un show de Guilda, c’est avant tout l’artifice scénique: les costumes, les plumes, les paillettes, bref toute la tradition du Music-Hall. Ce premier microsillon sera suivi de quatre autres enregistrements constitués, à peu d’exceptions près, d’extraits de spectacles. Des numéros humoristiques sous formes de monologues qui n’ont rien à envier aux humoristes des générations suivantes (La première fois, Confessionnal, Le téléphone ou Le C.U.L. (il s’agit simplement d’un mouvement politique, n’allez pas vous imaginer des choses!) s’insèrent tout naturellement aux chansons, la plupart signées Guilda et mises en musique par Régis Dubos. À l’occasion, certains classiques de la chanson gaillarde comme la version Colette Renard de Ah! Vous dirais-je maman se glissent parmi ses propres airs coquins sur la signification desquels on peut facilement se méprendre (Ouvre la fenêtre, Un soir au Music-hall), tandis que d’autres se situent à un niveau beaucoup plus sentimental: La lettre, Bambi. Ces enregistrements sont de précieux témoins l’atmosphère qui prévalait à chacun des spectacles. De haute lutte, Guilda présente sa revue Toutes plumes dehors à la Place des Arts, à ce moment réservée avant tout aux vedettes étrangères de passage, en avril 1965, avec la participation d’une formation musicale de quinze musiciens sous la direction de Roger Joubert. À cette occasion la troupe inclut aussi les revuistes Babette et Fabiola. On pouvait alors compter sur les doigts d’une main les artistes québécois qui s’y étaient produits depuis l’ouverture de ce nouveau temple du spectacle Les années fastes du Music-hall en sont pourtant à leurs derniers feux. Les revues à grand déploiement, comme toutes les autres formes de spectacle subissent les contrecoups de la très courue Expo 67. Les temps changent et les habitudes du public se modifient. La télévision occupe une place de plus en plus centrale dans le domaine du loisir. Encore une fois, Guilda s’adapte à la situation et ajoute une nouvelle dimension à sa carrière. Sa participation sera particulièrement remarquée dans le cadre de la série Les Grands Esprits où il incarne le personnage historique du Chevalier d’Éon. En plus de la scène, Jean Guida consacre également de plus en plus de temps à la peinture. Après une nouvelle incursion chez les Américains, Guilda revient au Québec et retrouve son public à de nombreuses reprises, notamment au Théâtre des Variétés créé par le comédien Gilles Latulippe. Ses revues y font salle comble à chacune de ses apparitions. En 1979, paraît sa première autobiographie Guilda : elle et moi, avec la collaboration du journaliste Denis Monette, aux Éditions Québécor. Suite à la parution d’un cinquième album Elle est bien dans ma peau, au milieu des années quatre-vingt, Guilda est la vedette d’un spécial télévisé qui lui est entièrement consacré, en 1986. Si l’artiste a offert à son personnage une semi retraite, depuis quelques années, Guilda se permet toujours quelques apparitions en public, lorsque l’invitation se fait trop tentante.

Richard Baillargeon

 

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