Chers Internautes

Que sont mes amis devenus,
que j’avais de si près tenus et tant aimés,
ils ont été trop clairsemés, je crois le vent les a ôtés…

Ce poème de Rutebeuf magnifiquement mis en musique par Léo Ferré
et récemment réentendu fut pour moi le déclic
et une invitation à me pencher sur mon passé et le parcours qui fut le mien.

Souvent sollicitée pour créer un site me concernant, à l’automne de ma vie j’ai donc décidé par le merveilleux moyen d’Internet de me rappeler au bon souvenir de mes amis et anciennes connaissances. Que le temps passe vite !
Et pourtant qu’il est difficile de résumer ce parcours pour ne garder que l’essentiel. Je dois déjà vous avouer mon allergie à bon nombre de nouvelles technologies et qu’ainsi je ne possède pas d’ordinateur pas plus que de téléphone portable, trouvant ridicule que seule, l’on puisse parler dans la rue. Concernant cette attitude, aurais-je raté quelques trains ? Ma vie se résume en deux épisodes puisque née deux fois, si je puis dire. Passons rapidement sur mon enfance, douloureuse pour avoir été vécue en province dans la totale incompréhension d’une époque où tout était tabou. Originaire du Nord de la France, à 18 ans j’ai découvert Paris, ville magique que je n’ai jamais quittée durant 52 ans, si ce n’est pour honorer à travers le monde des contrats imposés par ma profession. Transsexuelle de la première heure à l’instar de mes amies Coccinelle, Bambi et d’autres encore, précurseurs dans cet art, je n’ajouterai rien à ce qui a déjà souvent été dit à notre propos sur différents sites spécialisés. Oui je le confirme, durant notre carrière nous avons connu des instants exceptionnels; fêtées, comblées, nous gardons toutes en mémoire les rencontres, les dîners avec les plus grands de ce monde, princes et présidents dont le Shah d’Iran et l’Empereur Hiro-Hito, mais aussi les plus grandes stars internationales. Paradoxalement, sorties de ces honneurs rendus, nous devions toutes nous cacher de la police qui, à l’époque, avait recours aux sevices, sans parler des insultes et autres humiliations si nous n’avions pu éviter une rafle et le fameux ² panier à salade ² à la sortie de l’un des cabarets où nous nous produisions, auquel cas nous étions embarquées pour dix heures au poste de police pour le motif de ² Port de vêtements féminins en dehors de la période de carnaval ², loi archaïque remontant à Napoléon et heureusement abolie par le Président Mitterrand. Curieuse contradiction en ces années 50: admirées et comblées par le gratin de la société d’une part, rejetées et condamnées par une certaine administration d’autre part. Malgré ces tracasseries, je suis restée au Carrousel de Paris, rue du Colisée jusqu’à la fin de l’année 1961, date de la fermeture de ce magnifique et élégant music-hall. Début 1962, j’ai participé à la comédie musicale ² La chasse aux folles ² réalisée par Madame Martini et présentée par Jean-Marie Proslier au Drap d’Or (rue Bassano). Puis ce fut la réouverture du ² Carrousel - Elle et Lui ² , rue Vavin à Montparnasse où je suis restée jusqu’à sa fermeture en décembre 1985. Durant ces différents contrats, quelques tournées au Japon m’ont fait adorer ce pays où l’on apprend le self-contrôle et la réflexion, ce qui me fut très profitable par la suite.

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai la passion de la chanson et des disques que j’ai toujours collectionnés. Plus qu’un jouet, rien ne me faisait plus plaisir qu’un 78 tours de l’une de mes idoles de l’époque, celles qui le sont encore aujourd’hui. Cette passion dévorante fut la clé qui m’ouvrit d’autres portes et non moins intéressantes après la fermeture du cabaret. Lors de diverses  ² Conventions du disque ² ( Salle Wagram et Espace Champerret), j’ai fait la connaissance de Dany Lallemand, musicien, chanteur et lui aussi grand collectionneur de disques de la chanson française et des orchestres des années 30 à 1960 environ. Devenus Amis, une amitié de vingt ans qui dure toujours, avec son aide, celle d’André Bernard documentaliste, de Pascal Sevran et l’appui aussi de ma grande amie et compatriote Anny Gould, j’ai eu la chance de devenir la collaboratrice de Pascal Sevran pour la réalisation de ses émissions télévisées quotidiennes. Avec passion, mais sans avoir le droit à l’erreur, j’ai apporté jour après jour mes connaissances à cette dynamique et sympathique équipe durant dix années merveilleuses et inoubliables. Avec Pascal  Sevran aussi, j’ai assuré la programmation de ses émissions durant deux ans à  Radio Monte-Carlo. Toujours avec Pascal, la scène n’ayant pas de secret pour moi, je me suis occupée de la coordination artistique d’une revue montée par lui au Casino de Paris avec en vedette mon amie Coccinelle qu’il admirait beaucoup et invitait souvent à ²La Chance aux Chansons². C’est encore et toujours avec Pascal que j’ai participé avec son équipe à certaines matinées de l’Olympia, tout en assurant les émissions télé quotidiennes. Grande aussi fut ma chance d’être invitée à L’Elysée à chaque décoration remise à Pascal Sevran par le président Mitterrand, lequel m’a félicitée pour mes connaissances sur la chanson. Malheureusement, ma maman décédée en 1990, n’a pu partager ces joies et ces honneurs avec moi. Sa disparition fut pour moi un malheur irréparable et une absence irremplaçable puisque nous vivions ensemble rue des Batignolles (17 éme) depuis mon arrivée à Paris au milieu des années 50. Je me suis sentie comme morte moi aussi depuis sa disparition, ce triste matin de septembre 1990. Une fois de plus Pascal était là, présent aux obsèques avec un grand nombre d’artistes  habitués de  La Chance aux Chansons. De ces émissions, je garde le meilleur souvenir même si ² bien sûr, nous eûmes des orages…², comme le disait Jacques  Brel , la télévision étant d’une grande difficulté à vivre au quotidien , d’où quelques frictions parfois, mais uniquement pour ce qui relevait de l’efficacité du travail. Aujourd’hui, je déplore certaines caricatures et autres bêtisiers diffusés à propos de Pascal Sevran et concernant son bon profil ou ses exigences quant aux éclairages. Garderiez-vous  une photo sur laquelle vous n’êtes pas à votre avantage ? Et c’est  avec la raison la plus justifiée que les animateurs et présentateurs de télévision sont toujours vigilants notamment pour leurs éclairages. Il y a déjà dix ans que j’ai quitté la télévision, mais au téléphone et par courrier, je reste toujours en contact avec celui que j’appelle ² Mon bienfaiteur². Grâce encore aux mille choses apprises avec Pascal Sevran, j’occupe aujourd’hui et depuis dix ans les fonctions de Directrice Artistique chez Marianne Mélodie, un important label spécialisé dans la réédition sur CD du patrimoine de la Chanson Française, ma passion dans ce domaine se trouvant là encore une fois de plus comblée.

 C’est donc à toi, cher Pascal, que je dédie ces quelques lignes, avec une grande modestie face à ton talent d’écrivain confirmé. Je reste ta fidèle amie, plus encore près de toi dans les moments difficiles que tu traverses aujourd’hui et s’il fallait te définir, je dirais que tu as l’art de la mesure dans l’excès.

Amis Internautes, merci d’avoir pris la peine de me lire.

Marie - Pierre Vancallement

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