| LA TRANSSEXUALITÉ . Définitions et historique .
Définitions La
transsexualité n'est ni un fantasme, ni une sexualité, ni une perversion, ni une
maladie mentale. C'est une question de sexe psychologique. Le sexe psychologique
correspond au sentiment d'être femme ou homme. Il se structure de façon
irréversible très tôt dans l'enfance. Aucune psychothérapie, psychanalyse ou
traitement ne peut le changer. Il y a deux catégories de personnes
transsexuelles: - les "transsexuelles": il s'agit d'hommes au sexe psychologique
féminin (désirant une conversion homme vers femme). - les "transsexuels": il
s'agit de femmes au sexe psychologique masculin (désirant une conversion femme
vers homme). La transsexualité est un thème qui a intrigué et intéressé de
nombreux auteurs : - Freud a expliqué que la biologie, la psychologie et la
sociologie déterminaient les termes "féminin" et "masculin". En effet, les
caractères sexuels secondaires sont engendrés par le "programme génétique". -
Selon Stoller, "le noyau d'identité de genre est la conviction que son sexe a
été anatomiquement, et finalement psychologiquement correct". - A. Oppenheimer
explique qu'il existe un conflit entre le genre de la personne transsexuelle et
son sexe. Pour éviter de reconnaître l'existence de ce conflit, elle prétend que
son genre et son sexe sont indépendants l'un de l'autre. Pour la transsexuelle,
la demande de changement de sexe a pour origine le refus de la masculinité et
cela bien plus que le désir de devenir femme.
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LA TRANSSEXUALITÉ : DÉFINITIONS ET HISTORIQUE PARTIE THÉORIQUE 46 -
Selon W. Geisendorf et W. Casini, "la transsexualité se définit comme un
sentiment d'appartenir à l'autre sexe, en dépit d'une conformation physique sans
ambiguïté. Dans la plupart des cas, le sujet revendique une opération
chirurgicale et un traitement hormonal destinés à obtenir le changement corporel
désiré". - Selon Alby, la transsexualité est un "sentiment éprouvé par un
individu normalement constitué d'appartenir au sexe opposé, avec désir intense
et obsédant de changer d'état sexuel, anatomie comprise, pour vivre sous une
apparence conforme à l'idée qu'il s'est faite de lui-même". Pour leur très
grande majorité, les individus ne se posent pas la question de savoir s'ils sont
hommes ou femmes. Leur sexe psychologique est en accord avec leur sexe
anatomique, celui-ci servant de repère. Il n'en est pas de même pour les
"transsexuelles" qui sentent un décalage entre leur sexe psychologique et leur
sexe anatomique qui ne correspond pas à leur sexe psychologique. La
transsexualité est un état transitoire, le temps de la transformation d'un sexe
à l'autre, depuis la prise de conscience jusqu'au changement d'état civil. Cette
phase transitoire dure plusieurs années. Ainsi la transsexualité se définit
comme le fait que des personnes d'un sexe biologiquement normal, sans
malformation anatomique, se considèrent comme appartenant au sexe opposé à leur
sexe biologique et désirent changer de sexe. La réassignation sexuelle ne peut
avoir lieu qu'après une prise en charge médicale et psychologique de longue
durée qui comprend: - un traitement hormonal, - un suivi psychologique. A cette
prise en charge s'associent d'autres traitements dont la rééducation vocale est
l'un des éléments.
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LA TRANSSEXUALITÉ : DÉFINITIONS ET HISTORIQUE PARTIE THÉORIQUE 47 2.
Historique Des troubles s'apparentant à la transsexualité existaient
certainement déjà dans l'Antiquité, mais ils n'entraient pas dans le champ
médical car jusqu'au XIXè siècle les comportements déviants et notamment
sexuellement déviants relevaient de la compétence des juristes et des hommes
d'église. C'est sans doute Jean Esquirol qui décrit en 1838 le premier cas de
transsexualité dans son ouvrage intitulé "Des maladies mentales considérées sous
les rapports médical, hygiénique et médico-légal". Le deuxième auteur à décrire
la transsexualité est Richard Krafft-Ebing qui, partisan de la théorie de la
dégénérescence, fait paraître en 1869 la première édition de sa "Psychopathia
sexualis", véritable florilège de cas de perversions sexuelles. En 1870, Karl
Wespal publie "Die conträre sexualempfindung" qui se rapproche de la notion de
transsexualité sans l'isoler pour autant. Au début du XXe siècle, Magnus
Hirsfeld et Havelock Ellis distinguent l'homosexualité du travestissement.
Hirsfeld crée en 1918 l'Institut des sciences sexuelles de Berlin qui se
spécialise dans l'étude et le traitement des patients souffrant de troubles du
comportement sexuel et qui est l'ancêtre de la Gender Identity Research Clinic
que le psychanalyste américain Robert Stoller fondera cinquante ans plus tard.
Félix Abraham présente en 1931 une classification des travestis selon laquelle
les "travestis extrêmes" évoquent la pathologie transsexuelle. Il fut,
semble-t-il, le premier à faire opérer des patients considérés comme appartenant
à cette catégorie. En 1953, le docteur Harry Benjamin isole la transsexualité
comme entité autonome distincte de la psychose et de la perversion. De ce fait,
certaines personnes transsexuelles parlent de "Syndrome de Benjamin" pour
définir la transsexualité. Avec Robert Stoller, la transsexualité entre dans le
domaine de la psychanalyse. Il étudie et traite avec son équipe des patients qui
présentent des anomalies biologiques (les hermaphrodites), ainsi que ceux qui
ont une constitution anatomo-physiologique normale (homosexuels, travestis,
transsexuels). En France, c'est la thèse de médecine de Jean-Marc Alby qui
introduisit le terme de transsexualité dans la nosographie psychiatrique. A
cette époque un chirurgien qui opérait un transsexuel était passible des
rigueurs de l'article 316 du code pénal punissant de la réclusion à perpétuité
le crime de castration.
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LA TRANSSEXUALITÉ : DÉFINITIONS ET HISTORIQUE PARTIE THÉORIQUE 48 En
1979, Pierre Banzet, chirurgien de l'Assistance Publique, opère un patient qui
avait fait plusieurs tentatives de suicide. A partir de cette époque, à Paris,
une équipe pluridisciplinaire prend en charge les patients qui demandent un
changement de sexe et détermine les cas où l'intervention est justifiée. Le
Conseil National de l'Ordre des médecins préconise la rédaction d'un protocole
signé par trois médecins experts ayant examiné les patients susceptibles de
bénéficier de ce type de traitement. En une dizaine d'années, environ
quatre-vingts patients transsexuels, dont une cinquantaine de transsexuelles,
furent traités par cette équipe, tandis que des centres similaires cherchaient à
se constituer dans le reste de la France. En 1982, R. Kuss, chef du service
d'urologie de l'hôpital de la Pitié Salpetrière, communique à l'Académie de
médecine un texte qui reconnaît l'existence de la transsexualité et admet les
interventions chirurgicales de changement de sexe, en souhaitant que les
tribunaux prononcent les changements d'état civil rendus nécessaires par
celles-ci.
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LA TRANSSEXUALITÉ : LES PRISES EN CHARGE PARTIE THÉORIQUE 49 B. Les
prises en charge 1. Clinique On peut différencier transsexualité primaire et
transsexualité secondaire. On parle de transsexualité primaire lorsque la
conviction de posséder un sexe anatomique différent du sexe psychologique est
très profonde, qu'elle remonte à la lointaine enfance et n'a jamais ou rarement
changé au cours du temps. C'est un sentiment permanent qui ne variera jamais. Le
sentiment et la conviction sont clairs, affirmés, évidents. La personne a pris
conscience de sa transsexualité avant d'avoir vraiment vécu dans le genre de sa
naissance. On parle de transsexualité secondaire lorsque, dans la plus lointaine
enfance, les personnes ont pu avoir une conviction forte d'être de l'autre sexe
ou avoir des désirs puissants de vouloir être de l'autre sexe, puis ce désir ou
ces sensations ont été refoulés (à l'adolescence et à l'âge adulte). Ce
sentiment réapparaît régulièrement. La personne a tenté d'assumer son genre de
naissance avec ou sans conscience de son état. Le diagnostic est alors plus
difficile. Lorsque la personne est mariée, les médecins refusent généralement de
l'opérer tant qu'elle n'a pas encore divorcé. D'après le DSM III (manuel de
classification des maladies mentales de l'association américaine de
psychiatrie), les caractéristiques essentielles de ce trouble sont un inconfort
persistant doublé d'un sentiment d'inadéquation relatifs au sexe qui lui a été
attribué chez une personne qui a atteint la puberté. De plus, il y a une
préoccupation persistante depuis au moins deux ans de se débarrasser de ses
caractéristiques sexuelles primaires et secondaires et d'acquérir celles du
genre opposé. En conséquence, le diagnostic n'est pas fait si le désordre est
limité à de brèves périodes de stress. Invariablement, il y a un désir de vivre
comme un membre du sexe opposé. Généralement, ce sentiment est associé à des
troubles de la personnalité, les angoisses sont fréquentes, la dépression
également. Les tentatives de suicides sont courantes.
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LA TRANSSEXUALITÉ : LES PRISES EN CHARGE PARTIE THÉORIQUE 50 Les
personnes transsexuelles rapportent presque toujours qu'elles ont eu un problème
d'identité de genre pendant l'enfance, mais le début du trouble peut se révéler
tardivement. Les relations sociales et professionnelles se détériorent
visiblement. Les facteurs prédisposant seraient une relation perturbée avec l'un
ou les deux parents. 1.1 Chez la transsexuelle La transsexuelle se comporte
comme une fille dès l'âge d'un ou deux ans. Au fur et à mesure que l'enfant
grandit, on s'aperçoit que ses attitudes, ses jeux... sont les mêmes que ceux
d'une fille et qu'il souhaite vivement une modification de son corps en un corps
de fille. La sensation d'appartenir au sexe opposé se révèle au moment de
l'adolescence. Etant enfant, ce garçon est souvent seul, et c'est à
l'adolescence qu'il s'aperçoit ne pas être comme les autres garçons.
Généralement il est attiré sexuellement par les hommes et, se considérant comme
une femme, prétend ne pas être homosexuel. La personne se sent incomprise et
garde secrètement le désir d'être une femme. 1.2 Chez le transsexuel Le
transsexuel a la certitude de posséder un sexe morphologiquement contraire à son
genre. Tout au long de son développement, la fille désire vivre comme un garçon.
Les transsexuels cherchent la compagnie de garçons (socialement), et pratiquent
les mêmes jeux et les mêmes sports qu'eux. Rarement cette jeune fille prétendra,
au fur et à mesure qu'elle grandira, qu'elle deviendra un homme. Elle se
déclarera incapable de devenir enceinte, prétendra qu'elle n'aura jamais de
poitrine et qu'un pénis poussera. La venue de caractères sexuels secondaires est
source de grosses perturbations. Vers l'adolescence, il arrive que le
transsexuel passe pour un homme en société, cette société n'étant pas au courant
de sa véritable identité anatomique.
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LA TRANSSEXUALITÉ : LES PRISES EN CHARGE PARTIE THÉORIQUE 57 - une
personne dont la demande découle d'une identification inconsciente à un père ou
une mère "admirable", - une personne dont la demande vient du désir inconscient
de se conformer au désir d'un ou des deux parents d'avoir voulu un enfant de
l'autre sexe. En cas de transsexualité avérée, le psychiatre doit s'assurer que
la personne dispose d'un contexte social favorable (travail, famille) et est
assez forte pour assumer tout ce qu'implique le changement de sexe. Il faut à
tout prix éviter l'erreur de diagnostic. En effet, une erreur pourrait conduire
à de graves conséquences sur le plan physique comme sur le plan mental, cela
dans le cas d'une opération qui n'aurait pas dû être réalisée, comme dans le cas
du refus d'opérer une vraie personne transsexuelle. 5. Les étapes
pré-opératoires et chirurgicales 5.1 Consultation psychiatrique La première
étape pour une personne qui désire changer de sexe est de consulter un
psychiatre. Après environ deux ans, en général, le psychiatre décide si le
patient est prêt à commencer le traitement hormonal. 5.2 Le diagnostic Avant
toute transformation, le diagnostic de transsexualité doit être posé avec
certitude. Il s'appuie sur la réalisation d'un bilan endocrinien, d'un bilan
psychiatrique et d'une consultation chirurgicale. Un délai d'un an au moins est
exigé entre la première demande et la prescription des traitements. En effet,
toute prescription endocrinienne et
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- LA TRANSSEXUALITÉ : LES PRISES EN CHARGE PARTIE THÉORIQUE 58 toute
chirurgie radicale sans diagnostic certain peuvent mettre en cause la
responsabilité disciplinaire des médecins et de l'hôpital et entraîner une
sanction, d'où la prudence des médecins. Si le psychiatre reconnaît la
transsexualité, il peut faire une demande d'Affection Longue Durée (A.L.D.)
auprès de la Sécurité Sociale. Le diagnostic d'une maladie figurant sur la liste
des A.L.D. permet une prise en charge automatique des traitements à 100%. La
transsexualité ne faisant pas partie de cette liste, la reconnaissance du statut
d'affection longue durée pour ces patients est étudiée au cas par cas. Ce statut
permet le remboursement à 100% des consultations psychiatriques et
endocrinologiques. Pour accorder la prise en charge, la sécurité sociale exige :
- la confirmation du diagnostic établi avec une certitude absolue par trois
experts : un endocrinologue, un psychiatre, un chirurgien, - la certitude de la
réalisation des interventions en milieu hospitalier public, - la signature d'un
protocole anonyme par des experts et adressé au Conseil départemental de l'Ordre
des médecins. Une fois le diagnostic établi avec certitude, le patient peut
bénéficier d'un traitement hormonal. 5.3 Le traitement hormonal Deux types de
traitements hormonaux sont combinés : - le premier type consiste à bloquer les
systèmes hormonaux et à les rendre neutres. Ce traitement est réversible, - le
second type consiste à obtenir les caractéristiques de l'autre sexe. Comme ce
traitement est irréversible, il faut, avant de le commencer, l'accord du
chirurgien
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LA TRANSSEXUALITÉ : LES PRISES EN CHARGE PARTIE THÉORIQUE 62 6.2
Chez le transsexuel Les opérations consistent en une mastectomie ou mammectomie,
c'est-à-dire l'ablation de la glande mammaire, une hystérectomie avec
ovariectomie, c'est-à-dire l'ablation de l'utérus et des ovaires, une
phalloplastie, c'est-à-dire la pose d'un pénis artificiel. Les grandes lèvres
sont remplies d'une substance particulière pour former les testicules. 6.3 Les
traitements post-opératoires Le traitement hormonal est normalement à prendre à
vie. En effet, son arrêt peut provoquer des effets secondaires tels que la
repousse de la barbe, la perte des cheveux, la masculinisation. Toutefois, le
traitement peut être arrêté en cas de complications vasculaires par exemple. Il
est important que le suivi psychiatrique soit poursuivi. La rééducation vocale
est poursuivie jusqu'à ce que le patient ait une voix qui lui convienne ou
jusqu'à ce que le thérapeute estime que les progrès sont optimaux (ce point sera
développé dans la partie pratique de ce mémoire). 7. La prise en charge
orthophonique A partir du moment où le traitement hormonal commence à agir, et
si elle le souhaite, la personne transsexuelle peut commencer une rééducation
vocale. Il est préférable que la rééducation débute seulement une fois que la
personne prend l'apparence du sexe désiré afin que sa voix ne soit pas en
contradiction avec son apparence. Cet aspect de la rééducation de la personne
transsexuelle sera développé dans la partie pratique de ce mémoire.
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LA TRANSSEXUALITÉ : LES PRISES EN CHARGE PARTIE THÉORIQUE 62 6.2 Chez
le transsexuel Les opérations consistent en une mastectomie ou mammectomie,
c'est-à-dire l'ablation de la glande mammaire, une hystérectomie avec
ovariectomie, c'est-à-dire l'ablation de l'utérus et des ovaires, une
phalloplastie, c'est-à-dire la pose d'un pénis artificiel. Les grandes lèvres
sont remplies d'une substance particulière pour former les testicules. 6.3 Les
traitements post-opératoires Le traitement hormonal est normalement à prendre à
vie. En effet, son arrêt peut provoquer des effets secondaires tels que la
repousse de la barbe, la perte des cheveux, la masculinisation. Toutefois, le
traitement peut être arrêté en cas de complications vasculaires par exemple. Il
est important que le suivi psychiatrique soit poursuivi. La rééducation vocale
est poursuivie jusqu'à ce que le patient ait une voix qui lui convienne ou
jusqu'à ce que le thérapeute estime que les progrès sont optimaux (ce point sera
développé dans la partie pratique de ce mémoire). 7. La prise en charge
orthophonique A partir du moment où le traitement hormonal commence à agir, et
si elle le souhaite, la personne transsexuelle peut commencer une rééducation
vocale. Il est préférable que la rééducation débute seulement une fois que la
personne prend l'apparence du sexe désiré afin que sa voix ne soit pas en
contradiction avec son apparence.
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